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AU COEUR DU CHAOS





(Bossangoa, République de Centrafrique, Novembre 2013)

C’est une de mes toutes premières photos dans le camp de réfugiés, je suis arrivé depuis à peine une heure. Je n’ai pas encore pris la dimension du problème.
Je traverse une partie du camp, mon sac de voyage sur une épaule, mon fourre-tout photo sur l’autre, je me fraye un chemin au travers de ces 40.000 personnes qui ont fuit leurs villages et la violence pour se réfugier autour de l’évêché de Bossangoa. Les milices Seleka n’osent pas encore attaquer le camp mais elles l’enserrent un peu plus chaque nuit.

Je croise cette petite fille qui guide un aveugle à l’aide d’un bâton qu’elle tient sous son bras, tout en portant du bois sur la tête, pendant que deux autres enfants vont chercher de l’eau. Je fais une photo à la volée, me disant que j’aurai certainement l’occasion de refaire cette image dans les jours qui viennent plus posément. L’occasion ne se représentera pas, pas comme ça en tout cas.

La situation est terrible ici, des personnes arrivent tous les jours, souvent après des jours de marche à travers la brousse. La majeure partie des villages alentours ont été attaqués, pillés, brûlés et les habitants qui n’ont pas réussis à fuir à temps on été tués.


The Guardian sera un des premiers à alerter sur la situation en Centrafrique

Je parle avec David, un ancien instituteur, il a la cinquantaine, il est très calme. Il est parmi les rares personnes ici qui ne dorment pas à même le sol l’après-midi lorsque le soleil cogne. Il se trouve une place à l’ombre et il lit. Il a pu quitter son village en emportant ses lunettes cerclées. Il emprunte des livres aux prêtres du diocèse. Et il me raconte qu’il a fuit sa maison lorsque des véhicules rapides ont traversé son village en mitraillant à l’aveugle. Il est sorti de sa maison avec sa femme et deux de ses trois enfants. Dans la panique, ils se sont perdus de vue. Aujourd’hui il est seul, réfugié à 2 jours de marche de chez lui. Il attend, espérant chaque jour que sa femme ou ses enfants arrivent à rejoindre ce dernier repli. Il espère mais il ignore si ils sont encore vivants.

Dans quelques jours, j’aurai la chance presque surréaliste de m’envoler. Je demanderai au pilote du petit 12 places de faire un tour au dessus du camp afin de me rendre compte du piège que représente cet espace encerclé par les rebelles.

4 mois plus tard, je reviens à Bossangoa, par la route cette fois. Sur les 300km de piste qui séparent le camp de la capitale, tous les villages sont brûlés, on ne croisera pas un seul habitant, seul quelques biquettes égarées.

Le village de Bossangoa a été libéré de la Seleka par les forces armées françaises Sangaris en décembre 2013. Trois ans plus tard la situation reste très incertaine. Je n’ai pas revu David.

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