LA TERRE S'EST MISE A TREMBLER




(Kathmandu, Népal, 25 avril 2015)

 

C'était il y a 5 ans, le 25 avril 2015, c'était aussi un samedi. A 7h00 du matin mon téléphone n'arrête pas de sonner : "Bonjour, c'est France Info, vous êtes bien le Président de l'association Enfants du Népal ? Avez-vous un contact que je pourrais joindre au Népal de toute urgence ? La terre s'est mise à trembler on ne sait pas s'il y a des victimes. »
Je communique les coordonnées de mon ami Pramod qui vit à Kathmandu et je tente par tous les moyens de le contacter moi aussi. Il est sain et sauf mais il me dit avoir eu peur. Saru, sa femme, directrice de l'école va bien aussi mais elle est extrêment choquée, un enfant qui était dans la cour est mort enseveli sous le mur d'enceinte qui s'est éffondré. Ce sera la seule victime de l'école, mais une victime de trop.


"Je pars avant que l'aéroport ne soit fermé à Kathmandu, est-ce que tu me suis ?"


Tout en consultant les dépêches qui commencent à tomber, je réveille le Directeur de la Communication de Caritas Internationalis à Rome, l'ONG pour laquelle je viens de partir en Centrafrique à deux reprises : "Patrick, je pars avant que l'aéroport ne soit fermé à Kathmandu, est-ce que tu me suis ?" La réponse ne se fait pas attendre, il vient lui aussi de recevoir des alertes, "Go !"
92 heures après j'atteris au Tribhuvan International Airport à bord d'un avion de Turkish airlines. J'apprendrai quelques heures plus tard que c'est le dernier vol à ne pas avoir été dérouté. Les avions suivants sont reroutés sur New Dehli afin de libérer l'aéroport de Kathmandu et de transformer le tarmac en base logistique où se posent des avions cargos et transporteurs de l'armée et d'où décollent les hélicos.

L'aéroport est quasiment désert, dans l'avion il y avait essentiellement des équipes de sauveteurs qui s'empressent de débarquer les chiens des soutes. Nous passons les contrôles à une vitesse éclaire, tous les agents de sécurité népalais sont choqués et le regard absent. 

Il y encore des taxis, je me rends chez Pramod et Saru. Ils ont les traits tirés, plusieurs nuits qu'ils ne dorment pas ou mal. Ils ont installés des sacs de couchage au rez-de-chaussée de leur maison devant la porte d'entrée, près à sortir à la moindre secousse. Et les répliques sont nombreuses. Je demande à Pramod de me prêter sa moto. Hésitant au début, il décide de me conduire. "Je serai ton chauffeur !"

"Press ! He is with me, my intrepreter." 
 

Nous traversons les rues de kathmandu désertées sur la petite Honda 125. Direction Durbar Square, le centre historique. Quelques cordons limitent l'accès aux temples centenaires, dont une partie est en miettes. "Press ! He is with me, my intrepreter." Pramod et moi passons le cordon de sécurité. Pramod est hagard, il n'a pas quitté sa maison depuis le seïsme, trop apeuré par ce qu'il pourrait découvrir. 


Des touristes sont venus spontanéement en aide aux militaires. Chaussés de leurs chaussures de trekking, les ongles vernis et sans gants pour certains, ils sont des dizaines à déblayer les débris des temples effondrés à la recherche d'éventuels survivants. Les T-shirts roses des touristes se mêlent aux kesas oranges et rouges des moines bouddhistes venus renforcer les rangs des militaires en treillis. 

Jusqu'à la tombée du jour, Pramod et moi sillonerons sans relâche la ville. Les crémations s'enchainent dans l'urgence sans cérémonie à Pashupatinath. Il n'y a plus suffisement de lumière, nous retournons au bureau de Pramod où la connexion internet est meilleure que chez lui. Je transmets mes photos. Petite nuit. Dès 6 heures du matin, je me rends au QG de Caritas Nepal. Je cherche une équipe qui se rapprochait de l'épicentre du seïsme, près de Gurkha. Caritas Germany accepte de m'embarquer avec eux. L'équipe allemande a un Land Cruiser près à partir, d'ici midi, elle en aura acheté un deuxième. Cap vers le nord, direction la frontière avec le Tibet. 

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Voir le reportage : http://www.matthieualexandre.net/fr/portfolio-55075-0-120-nepal-earthquake.html

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